Curriculum Vitae

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TRANSFORMATIONS : première époque                                

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 Régis Durand

... (...), La perception induite par une telle décision picturale joue sur l’opposition transparence/opacité et figure/fond, les « impacts » prenant alors valeur de « figures », d’événements picturaux par rapport à la présence continue du fond. Cette nouvelle spatialité se traduit de manière encore plus explicite dans l’installation au sol en trois dimensions, qui apparaît comme une forme de déploiement de la peinture dans l’espace.
Kristof Everart rejoue ici une des grandes tentations (et une des grandes apories) de la peinture : son devenir-espace, la possibilité d’un passage au monde tridimensionnel des phénomènes.
Mais l’installation n’est pas seulement une « traduction » en volume de la peinture.  Elle a sa logique propre, et induit chez le spectateur un type particulier de perception et d’expérience physique de l’œuvre. En même temps, installation au sol et tableaux peints forment un tout, une installation globale si l’on veut, qui représente une avancée importante dans le travail de l’artiste.
Du geste relativement simple du recouvrement, on est passé à un ensemble de questions complexes, qui exigent du spectateur une attention, je dirais presque une vigilance accrue. On peut ne pas savoir ce qui vient d’être dit du point de départ de ces œuvres, ne rien comprendre aux abstractions mathématiques évoquées. Il n’en reste pas moins que les tableaux et l’installation gardent une certaine familiarité, indépendamment de leur pure réussite plastique, avec des instruments de savoir.

Ce rapport, conscient ou pas, explicite ou pas, aux outils de savoir de leur époque (et plus généralement à ce que Michel Foucault a appelé son épistémé) est une constante  chez tous les artistes, comme cela a été souvent démontré.
Parce qu’ils font partie de ce champ général du savoir (que parfois ils anticipent) ils nous mettent très précisément dans une situation familière mais pourtant constamment oubliée ou refoulée : celle de sentir que nous sommes entourés de puissants systèmes de signes, de systèmes, d’échanges.
Il ne s’agit pas de s’en tenir à une vision légèrement paranoïaque d’un monde entièrement enserré dans de tels réseaux, que seuls quelques-uns seraient à même de décoder. Mais il convient de ne pas non plus  délibérément ignorer un aspect essentiel de notre monde et la perception que nous avons de lui : un nœud inextricable ou bien un feuilletage de codes et de flux.

Un « paysage » aujourd’hui, ce serait cela : un palimpseste de formes anciennes (inspirées pour l’essentiel par la littérature et la peinture), et de formes actuelles, abstraites, énigmatiques mais prégnantes. L’artiste tente d’en donner une image, une image qui vient se superposer aux autres. Il ouvre ainsi un  espace de compréhension et de doute.

 

 

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